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Yves Rhaye
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LA TERRE ENTRE LES DENTS

 

Viviane Laurence / Yves Rhayé - 1983

 

“Caresse-moi afin que nous changions d’époque pour parcourir toutes les dimens lire l'article....

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LE GRAND ŒUVRE D’ YVES RHAYE


Ce céramiste-sculpteur a laissé derrière lui une œuvre à la fois exubérante et hermétique.
Les sculptures de ce disciple de Saturne aux fronti lire l'article....

 

 

 

LA TERRE ENTRE LES DENTS

 

Primitivement,caresses et travail devraient être associés. Car si les long travaux sont relativement doux, l’homme soutenu par

une telle patience ne peut puiser que dans sa puissance affective les forces nécessaires à la concrétisation du secret de sa rêverie ...

L’abord d’une oeuvre comme celle de Rhayé implique des prémices d’approche attentifs, respectueux même,

d’une constatation aussi désarmante.

Et si la fonction de l’art (l’esprit) consiste réellement à entr’ouvrir en nous la vanne des sources du plaisir emprisonné par nos inhibitions, il me semble un peu vain, face à cette oeuvre, de nier la proposition

soumise par ces formes surgies d’on ne sait où ...

Quant au matériau employé, les livres d’alchimie nous en disent suffisament long sur le mariage du Feu et da la Terre.

La dignité des sculptures créées par Yves Rhayé en cette matière nous rappelle ce phénomène d’amour profond: la terre adorée, caressée par le feu. Etranges et incomparables, il est difficile de ne pas trouver émouvantes ces créatures, ces créations ... desquelles s’échappent plus une trace de notre évidence originelle.

Intro.- V. Laurence -

 

1. VIVIANE

Avant tout, laissez-moi te délivrer une image poétique de Guillevic (extrait de “Du domaine”: “Certains rêvent les rêves de l’étang ...” Face à son travail, c’est un peu ce que je ressens. Ensuite, une petite phrase de Sigmund Freud qui me semble bonne et opportune matière à réflexion: “Grâce aux images, nous pouvons approcher plus près du soi et y découvrir un chaos; un chaudron bouillonnant d’excitation.”

Ce chaudron, qu’est-ce que pour toi? Te sens-tu effectivement assiégé par ces êtres que tu crées, ou bien, s’échappant d’un monde, d’un chaudron bouillonnant pareil à celui dont parle Freud, chaque forme t’arrive-t-il elle individuellement? Je veux dire mantie de sa propre identité.

YVES

Dans notre cas, tu comprendras si je te dis qu’il y a moins de voiles à soulever entre ceux qui ne se connaissent pas encore, qu’entre ceux qui se connaissent ...

Si tu me proposes “chaudron bouillonnant”, je pense “Feu” ... C’est à dire, la voie sèche ou l’action rapide. La réponse réside pour moi, dans la voie humide, celle de l’esprit dont je me réclame. En alchimie, on arrive à l’or par l’eau ou par le feu: or, feu, matière ... or, eau, esprit ... Alors, quand l’idée eau, lac (ou étang), chaudron est suggérée, l’on peut presque y voir s’engouffrer ou disparaître les formes ... pour ressurgi ensuite de la boue. Je crois que c’est là que nos rêves peuvent aller au plus profond.

Après vient le Feu. Seulement après. Les formes que je fais naissent de l’humide, de la caverne des entrailles de la Mère Terre; sous l’apparence de la BOUE, forme première du rêve. Des formes qui seront bientôt emprisonnées, petrifiées par le FEU.

“Mettre la main à la pâte”, c’est l’enflammer en y pétrissant son désir. Mais j’imagine qu’au cours des rêveries, tout baigne dans l’eau.

2. VIVIANE

Sans nul doute, tu es un visionnaire et assiégé, en tant que tel, par un monde parallèle, vaguement calqué sur le monde côtoyé quotidiennement. J’ai donc bien l’impression que chaque forme créée par toi est extirpée de ce monde ... de ce fameux chaudron!

YVES

Oui. Et afin de préciser un peu l’apparition des images en question, l’on pourrait affirmer qu’elles sont souvent ressuscitées de rencontres et de réactions diverses entraînées par elles en moi ... Enfin, je crois. Un fait EST: ces images ou êtres existent. En moi, ou en dehors de moi, je ne sais pas. En général, je les trouve ou retrouve, dans la nature avec laquelle j’entretiens une étroite communion.

3. VIVIANE

Si je me place en profane vis-à-vis de toi, que tu me dis que toutes les formes existent, il me serait loisible de m’interroger sur la liberté d’interprétation que provoque pareille conviction. Le choix que nous avons fait de vivre ensemble me permet cependant d’insister, en connaissance de cause (enfin ... ne nous laissons pas enfermer par les mots!) sur la faculté stupéfiante qu’ont ces formes d’exercer leur emprise sur tes pulsions, tes errements, avant même qu’elles aient jailli du néant! ...

C’est donc animée par cette première profession de foi et en marche vers leur mystère, que je m’adresse à l’initié, à leur créateur ... Celui qui leur donne vie en les déformant, les épanouissant ou les atrophiant; les chargeant ou leur conférant ainsi, semble-t-il, le maximum du potentiel symbolique que tu désires leur assigner. Il ne serait pas hors du propos d’évoquer à partir de cet instant le populaire phénomène de mediumnité prêté à certaines statues ou figurines d’Afrique, ou d’ailleurs, conçues et chargées de tel ou tel pouvoir à l’aide de diverses pratiques ...

Aussi, et afin d’aborder en souriant ta prochaine explication, ai-je invité Jonathan Swift et son allégorie si disconcertante, dite “des Têtes longues” (extrait de “L’opération mécanique de l’esprit”) à se joindre à nous. Elle m’a paru intéressante à exhausser puisqu’elle aussi part du principe de soumission de l’apparence déformée au processus mental ... Il s’agit donc de la coutume d’une tribu imaginaire consistant à pétrir, masser les têtes d’enfants dans le ventre de leur mère en vue de les allonger! ... Cette hystérie de conversion en grosseur des parties inférieures du corps à la supérieure entraînant, par exemple, une certaine génitalisation du visage: le rougissement équivalant, dès lors, à une érection! To vois, Swift aurait vraisemblablement apprécié ton langage ...

Et les jeux de miroirs se provoquant l’un l’autre au large de ce monde engendré par toi! N’hésitant pas, de par certaines de leurs proportions, à défier, bousculer quelques normes ayant tendance, désormais, à devenir suspectes.

YVES

La proportion correspond pour moi à une sorte d’excitation. Je m’explique. Si tu lis un livre ou un poème exaltant, tu t’emplis d’eux, non? Tu les manges! Et l’on peut s’imaginer gonfler, grandir ... On DEVIENT ce livre, ce poème ... La lune aussi, si tu la regardes donne cette sensation de mariage, d’osmose ...

Par l’ouverture à l’autre, s’agripper, le laisser entrer en soi ... devenir l’autre! Ensuite, recharger la sculpture qui naît de cette émotion, comme une batterie, de la forme que j’ai puisée, recueillie dans l’objet ou le personnage qui m’ont amené à être obligé de la créer. Les sculptures à TETE HAUTE signifient souvent pour moi la folie des hommes, leur façon d’accéder à la lumière, en marchant l’un sur l’autre ... Penser aux plantes (pourquoi pas les laitues?) lorsqu’elles montent en graine.

Par contre, je dirai donc que les formes LARGES sont des formes proche du pain ... Oui, c’est cela, des formes-pain; naturelles, éternelles, pareilles à la terre.

Il y a aussi les bustes POITRAIL OFFERT; offert aux coups, aux blessures. Le symbole de l’holocauste, du poète, de ceux qui s’offrent nus à l’humanité. Les COUPLES DEBOUTS, eux, personnifiant une espèce d’équilibre. Intemporel, inébranlable, mais non dénués d’impuissance: a cause de lui, probablement! ... Ils se présentent avec des restes de racines, qui les relient encore à la terre dont ils semblent à peine surgir. C’est le cheminement de l’homme, son inachèvement qui me touche. Il sort de la matière en direction de la lumière ... Essaie vainement de s’élever au-dessus du sol, se fait léger ... Je le perçois se défaisant de la matière s’il a la chance, s’étant réalisé, de mourir assez tard ... cherchant jusqu’à la fin, la juste balance en son être profond.

4. VIVIANE

Le chemin de l’excès conduit au palais de la sagesse?

YVES

Oui, certainement.

5. VIVIANE

Vaguement enrichis de ce que tu viens de confier et en ce qui concerne les proportions des oeuvres, l’on se sent un peu pareil à un enfant face au bonhomme de niège à qui il n’a pas encore donné d’expression ... On peut seulement imaginer de cette forme en place, si elle est fragile ou robuste ... Il faudrait suivre le cours de la pulsion qui t’incite à leur imprimer un caractère, une humeur ... en exagérant tel ou tel trait ...

Il est dit que la sagesse de la folie est la sagesse de l’enfance ... Certain également que l’enfant sait sciemment et l’adulte inconsciemment, que nous ne sommes qu’UN: âme et corps indissociés.

Difficile d’admettre, partant de là, qu’amassées sous formes de structures dans l’inconscient du moi, projetées ensuite vers l’extérieur sous formes de sublimations, les “fantaisies” de la première enfance puissent se différencier des traits de caractère de l’“individu” ... Oserait-on parler de psychoses secrètes ?

Considérer qu’elles (ils) seraient une désorganisation du corps prévue par Wilhelm Reich quant il parle d’“armure du caractère” donnerait bien tout son signifiant à l’exuberance érotique, la vitalité débordant mises en relief dans certaines de tes oeuvres ... Ces dispositions naturelles d’une part, l’armure rigide et quasi musculaire par laquelle s’en défend le corps humain de l’autre ...

Aussi, l’originalité de ton oeuvre consiste-t-elle, pour moi, à avoir su exprimer cette désorganisation de l’armature connue en représentant des êtres VISIBLEMENT modelés par leurs poussées de caractère, sans se départir de leur appartenance aux grands règnes (minéral, végétal, animal). Bref, une fourmillante gestation, parallèle aux bouleversements inévitables des cycles. Face à l’éternité.

YVES

Oui ... Je suis né dans le sable, après tout! La mer du Nord, les jeux sur ses bords ... Les “pâtes” de sable, les “châteaux” de sable ... S’y rouler ... Voir tout cela détruit ensuite par les marées: ça, c’est un symbole ... un vrai! Ce que tu as fait à l’aide de a nature anéanti par elle!

Une drôle de constatation qui n’a évolué qu’au prix de la méfiance ... une compagne sournoise rencontrée le jour où j’ai compris que l’homme agissait de même! A la nuance près qu’il lui arrive de détruire, saccager par l’ignorance, mais hélas le plus souvent nanti d’intentions malveillantes! Brisant délibérément l’oeuf fécondé par l’autre! Souffrances, blessure ...

Les sculptures ombiliquées, soulignées de TUYAUX ... expriment fort cette rupture. Je m’imagine que nous naissons, avec ces asperités, ces “tuyaux” ... oppressants ou en relation avec la nature, son essentialité salvatrice. Réellement reliés à la nature entière ... et petit à petit, s’en retrouver coupés par “la force des choses”! Et l’on s’ARRONDIT.

Il semble d’ailleurs qu’en cette société, tout soit de plus en plus élaboré, manigancé, au seul but d’arrondir les humains et de leur faire perdre à tout prix ces asperités! Atrophiés, mutilés d’elles enfin; abouché à l’une encore peut-être au bout d’une vie! ...

Le sentiment de la colère ou diverses de ses manifestations seront traduites par une forme gonflée ... Forme gonflée que je ferai presqu’éclater sous la pression de sa sève en ébullition, par le truchement de surgeons prêts à s’ouvrir, à libérer une force: bonne ou mauvaise.

L’oppression créée par UNE MAIN agrippée à une sculpture ou tout simplement plaquée sur elle, indique très implicitement ce que je tente de faire passer, non? Il suffit parfois d’un mot, d’une phrase ... et la voilà sur vous! Dur avant de s’en débarrasser! Il y a aussi la main du travail, la MAIN-OUTIL, qui devient symbole de cette action-là. Ou la MAIN-AMOUREUSE quand elle devient porteuse de panique à force d’insistance ...

Dessiner m’aide aussi à cerner très intensément ce que je ressens. La liberté sans limites ... mais impossible de tricher! Bas les masques! C’est comme si l’on effleurait la peau de l’autre du bout de sa plume!

6. VIVIANE

... Des noms?

YVES

Vinci, Permeke, Ensor ... Les “Goyescas” de Goya: quelle leçon! Topor. Les dessins d’Henri Michaux ... et, au hasard, un graffiti qui me parle! Scatologique, par exemple, pourquoi pas?! Quoi de plus direct que cette vision-là de la humanité: une vision rejetée, haïe par la plupart ... Et pourtant, qui sait? Ayons le cran d’imaginer que se vêtir de noir par ici à l’occasion d’un deuil, ne va probablement pas plus loin que de se couvrir d’excréments, à l’instar de certaines peuplades antiques lors de ce genre de manifestations.

7. VIVIANE

Alors, avec bien sûr, la marge de poésie, de dignité indispensable au type d’interprétation entraîné par ce sujet ... Pourquoi on ne se jetterait pas à l’eau en proposant ton matériau favori, la glaise ... la boue, comme substituts à peine déguisés de l’excrément! Et que chacun se débrouille avec sa dose de transcendance personnelle! Par contre, il n’y aurait pas lieu de rejeter l’onirisme de cet extrait de texte: “Des pierres monstrueuses, des grès aux formes fantastiques ... ressemblent aux bêtes et leurs membres ...” (P. Claudel). Moi, je n’y appréhende personnellement aucun divorce d’images avec des créations. Au contraire.

YVES

Oui, au delà de la mort, au delà de tout, c’est émouvant de percevoir ces mains tendues et qui parfois se touchent ... ces rencontres d’âmes ...

Par le biais de l’alchimie, la transmutation ... La Mort, c’est la résurrection de la Vie ou encore la Mort est aussi près de la naissance que la Vie. Ou encoure qu’afin de renaître, il s’agit de passer au travers de la Mort. Exemple: le fumier-germoir. La petite graine mise en terre se détruit et renaît ... Le grand cycle. Pourrir ... Renaître ...

8. VIVIANE

... Et prêt à affronter les pièges et les cadeaux de cette vie ... Tes sculptures par exemple, lorsqu’elles commencent à prendre leur allure définitive, l’expression qui leur sera propre taillée dans le matériau choisi par toi ... Mais soudain ... que se passe-t-il entre elles et toi, puisque tu décides de les blesser!? ...

Pourrait-on lier ton geste à cette remarque de Ferenczi? “Un choc, une peur laissent toujours une trace, une félure dans la personnalité ... une partie de la personne rétrograde dans un état de bonheur, qui existait avant le trauma (grec: blessure), qu’elle s’efforce d’annuler.”

YVES

Les FORMES BLESSEES ... oui, blessées, je crois qu’elles l’ont toutes été; en fait, il est probable que j’ai toujours réalisé une sculpture AUTOUR de la blessure!

Tu comprends, d’un certain point de vue, chaque enfant qui naît me semble parfait et prédestiné à devoir le rester ... mais ce serait compter sans les entailles à vif d’un “destin” ... les coups du sort! Comparable encore une fois de façon de son temps si l’on ignore les méfaits épouvantables de la pollution!

Il y a ces chemins par lesquels aussi doit passer l’homme affublé peu à peu malgré lui du vieillissement physique ... Une grave blessure finalement que cette forme de dégradation, et ce en dépit de la vigilance spirituelle! Cette addition de défaites écrites à même la peau.

Peau que j’entrevois CRIBLEE DE COUPS au moment de s’éteindre ... le bilan gravé dans notre chair. Disons que je tenterai de peindre cela ... que je l’ai fait, en étant à cet être sa “dernière chemise” (une de mes toils préferées) ... La suggestion d’une chemise-peau que j’examine et soumets en quelque sorte à un interrogatoire: avais-tu pris le chemin qui t’était destiné ? Ou n’étais-tu vraiment créée que pour devenir cette peau de chagrin? - Peut-être n’étais-tu pas de ceux qui disent toujours oui ... mais de ceux qui couchent et finissent par prendre seulement la forme de l’horizon ... au alors une FORME DEBOUT, gonflant verticalement un homme qui dit NON! ... Et comme il est “abattable”, celui qui se met debout! Je ne cesserai jamais de tendre des réponses en formes de tableaux ou de sculptures à ce genre de questions-là!

9. VIVIANE

Tant il est vrai que se prendre en charge inclut l’autre au course de l’errance poétique de certains passagers du vaisseau-terre ...

Et je suis convaincue que si, comme l’on dit, “l’humour est la politesse de désespoir” ... ce sera le sourire intemporel de l’un ou l’autre d’entre eux qui stigmatisera l’humanité en lui redonnant l’harmonie qu’elle n’aurait jamais du oublier! ... Retrouvant sa nature androgyne perdue; celle-là même qui était le visage de Dieu. La  mystique cabalistique occidentale à vu dans ce passage de la Genèse (I-27) ... “Dieu a créée l’homme à son image, il l’a créé mâle et femelle” ... une preuve de la nature androgyne de Dieu et de la perfection humaine avant la chute.

Posés en évidence dans ton oeuvre, les attributs sexuels de certaines de tes “créatures” n’ont été alternativement et manifestement soulignés, greffés ou soudain omis, qu’afin d’en démontrer presque facétieusement la troublante androgynie ... La difficulté, la disharmonie où nous nous trouvons, nous humains, d’assumer la nôtre ... Non? Enfin ... la plupart du temps ...

YVES

Evidemment. Ah, l’harmonie ... qu’est-ce, après tout? La colonne vertébrale du corps subtil de toute création ... sans aucune doute.

Ce besoin d’harmonie qui commence avec l’ébauche de nos premiers pas, nos premières tentatives de marcher sur ce monde: ce balancement de gauche à droite en posant le pied au sol ... pour se mettre en accord avec le cosmos. Le chant aussi, selon qu’il soit d’un terroir ou l’autre, implique suivant la conformation de ce sol dont il jaillit, son climat, etc ... une démarche retrouvée spontanément!

Quant à l’androgynie ... je pense que l’on parviendrait à mieux s’expliquer la volonté parfois inexplicable qu’one certains êtres de vivre côte à côte si l’on imagine que l’homme et la femme furent UN dans ce que l’on nomme plus confusément, les premiers Temps ... SOI retrouvé dans l’autre ... Il me semble que se “reconnaître” serait mieux approprié au sens de ce phénomène, qui n’exclut pas, malgré l’euphorie où elle nous entraîne, la notion de fatalité! ... Le précarité sociale dans laquelle se retrouvent certains “transferts sexuels”, par exemple ... Oui, quoi de plus harmonieux ou de douloureux que de rencontrer sa “moitié”! Celle que l’on découvre après avoir perdue de toute éternité ... Sentir puissamment que l’on a été qu’UN et cet espèce de miracle de prétendre la reformer! Je crois qu’on peut parler d’une force d’amour, de ses pouvoirs. Une chance de promesses en ce monde chaotique ... Opposé à l’égarement des errants dont je ne suis pas sûr qu’ils se perdent, s’ils cherchent! Leurs traces m’intéressent autant sinon davantage: en pointillé, remonter le course du sang: encore un dessin ...

C’est donc afin de suggérer l’annonce de l’éclatement de la forme première que j’y grave quelquefois une FENTE centrale, la pulpe rompue en MEDIANE d’ou s’échappe la sève ou quelqu’autre petite forme en gestation, un OEUF? ... Parce que la moindre former faisant partie de la grande Nature, a le cycle complet en soi. Constamment traversés par elles jusqu’à ne plus souhaiter qu’être UN ... Du plus doux des printemps au plus dur de l’hiver ...

Grand cycle retenu à jamais en la forme unique de l’oeuf.

En conclusion, que t’offrir de plus explicite qu’un texte de Tao Te King ou le moi androgyne chanté par le mystique taoïste: ...

“Celui qui connaît le mâle s’attache cependant à ce qui est femelle. Il devient comme un ravin recevant toutes choses sous le ciel. D’où il s’ensuit que la vertu éternelle jamais ne se perd ...”

C’est là, revenir à l’état d’enfance ...

 

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De cet entretien sont réservés à

Viviane Laurence - 9499 Voorde


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LE GRAND ŒUVRE D’ YVES RHAYE


Ce céramiste-sculpteur a laissé derrière lui une œuvre à la fois exubérante et hermétique.
Les sculptures de ce disciple de Saturne aux frontières de la spiritualité et des chagrins du monde.
L’œuvre de Rhayé est forte et inclassable. Si elle s’ apparente formellement au courant fantastique, ses racines et ses références sont proches de celles des surréalistes.


Yves Rhayé est né à Ostende en 1936. Il est autodidacte  pour la peinture et la céramique  . Il s’initie au travail de la glaise et du feu dans une briqueterie de Flandres. En 1963 il rencontre Viviane, qui aujourd’hui  avec sa générosité et ses connaissances, permet l’ initiation des profanes » l’ œuvre de son mari, qu’ elle présente comme un  chamane et un tendre contestataire.
C’ est en 1969 que le couple s’installe au château Médiéval de Voorde où Yves Rhayé poursuivra son travail d’ atelier. Yves Rhayé  y dessine, peint et travaille la terre.


Ce Céramiste-sculpteur hors  normes, qui a vécu en seigneur et en contact permanent avec la nature, avait l’ humilité d’un  potier. A la fois instinctif, violent dans sa création rêveur et secret poète, il était constamment en recherche d’ une vision universalité  par des signes.


LES RITES  DE L’ALCHIMISTE


Le four de Rhayé ou le creuset d’un apprenti alchimiste. C’est l’art de la transmutation des métaux, en vue de l’ obtention de l’or. L’or, l’immortalité,  et en gestation d’une forme de vertu spirituelle.
Et la  nature, la fécondité, le mythe de la création par excellence. Il favorise les transferts les plus subtils pour conférer à ses sculptures une texture nuancée : la coloration à la barbotine, aux engobes, coloration aux oxydes, à la limaille de fer,… Ses céramiques sont souvent saupoudrées d’ argent ; de sulfate de cuivre, colorées au vin, d’ herbes, de cendre même. Ainsi parées d’une écorce parfois lisse, parfois écaillée, les formes gonflent, se crevassent et finissent par ressembler aux bords d’ une plaie , une peau enflée. Les terres chamottées dont les couleurs sont figées par le feu  s’ enrichissent de sa palette quasi monochrome allant du noir au beige clair en passant par le roux. Le brun plus ou moins ombré, aux reflets d’ or ou d’ antimoine, domine son œuvre.


LE ROYAUME BLESSE


Yves Rhayé sculpte des êtres aux corps et aux masques étranges. Hommes blessés, gnomes mutants ou dieux morts, ces créatures pétrifiées, hiératiques et tranquilles semblent se mesurer à nous. Ces regards caustiques, ces expressions empreintes de bonhomie peuvent aussi dévoiler des corps d’ un érotisme virulent. Ces Corps tordus, dégradés, déchirés comme des cadavres de soldats gisants n’ ont d’ humain que leurs cinq sens : truffés de mains d’ antennes, d’ oreilles , d’ yeux cyclopéens, ils semblent surpris en pleine métamorphose.


AVATARS


Yves Rhayé estime que le dessin précède de la peinture et que la peinture se poursuit par la sculpture. » Mon rêve est total dans la peinture, elle est l’esprit. La sculpture, c’ est plus physique. »
Ces deux disciplines, liées à  sont inséparables pour lui et procèdent l’ une de l’ autre
La sculpture de Yves Rhayé est   souvent frontale et orientée sur le travail du contour, caractère propre à une approche picturale. Ses disques lunaires qui évolueront vers des formes plus ovoides¨ évoquent des éléments naturels. La sculpture d’ Yves Rhayé  s’ est élaboré en trois phases successives. Les premières sculptures (1959-60) étaient fortement inspirées par les éléments géologiques comme les roches et le sable. On y entrevoyait des racines entortillées, des écorces… Les sculptures des années 1967à 1969 ont atteint une apogée dans la multiplication des éléments de ces éléments. Les œuvres, plus tourmentées, sont plus baroques, plus fragiles. Les mondes animal et humains, en  pièces détachées, s’ intègrent au végétal et au minéral . La présence humaine, principalement celle de la femme, s’ est progressivement accentuée pour finalement dominer dans les œuvres de la troisième phase ( 1970-1978). L’ artiste se tourne vers des formes plus simples et plus fermées comme la sphère, l’ œuf, les graines. La dualité entre le corporel et le spirituel est de plus en plus forte.


UN TEMPS AILLEURS


L’ univers de Yves Rhayé est intemporel, métaphysique, ésotérique. Il engendre ses sculptures comme on engendre la vie, reproduisant les mécanismes de gestation de la nature. Ses totems de terre pétrifiées renvoie à un chaos.


PARCOURS INITIATIQUE


L’ œuvre de Yves Rhayé considéré  dans son ensemble est un parcours initiatique au cœur de l’ ésotérisme. Son monde imaginaire est riche en résonnances. Yves Rhayé exorcise. Il s’interroge sur les secrets de l’ origine de l’ homme et de son destin, sur l’ absurdité de son existence.
« les créations peintes et sculptées, gravées, dessinées par Yves Rhayé ressortent, entité telluriques, de l’ ordre de nos réminiscences entremêlées des deux écoles qui pourraient désigner son Art .Emprunt d’une veine qui trouve sa source dans la connaissance de l’ alchimie , du Grand Oeuvre , qui puise ses images dans les entrailles du vieux monde enfui, ses strates de désir pétrifié, sa déification tellurique des forces intemporelles .»
Viviane Laurence


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